L’appel des peuples indigènes face à la crise de civilisation
lundi 25 janvier 2010 par MAPIC
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Mobilisation globale de lutte pour la Terre-Mère contre la marchandisation de la Vie
Vers un Forum thématique en 2010 qui articule les paradigmes alternatifs : la décolonisation, la démarchandisation de la vie, le bien vivre et les droits collectifs.
Le capitalisme colonial moderne a commencé il y a plusieurs siècles et a imposé au continent américain l’invasion du 12 Octobre 1492. Cela a commencé par le pillage et l’invention des théories globales de la "race" pour justifier l’ethnocide américain, l’invasion de l’Afrique pour la traite des esclaves et le pillage des autres continents. Ces génocides se sont poursuivis et ont été maintenus par le capital transnational et ses appuis militaires. Cette exploitation et oppression capitaliste globale produisent le réchauffement de la planète qui entraîne le suicide planétaire.
La crise du modèle de développement capitaliste, eurocentrique, sexiste et raciste, est totale et conduit à la plus grande crise socio-environnementale de l’histoire humaine. La crise financière, économique, de l’énergie, augmente la production d’un chômage structurel, l’exclusion sociale, la violence, les propos racistes, sexistes et le fanatisme religieux, tout à la fois. La crise est si profonde qu’elle constitue une véritable crise de civilisation, la crise du développement capitaliste et de la « modernité » qui menacent toutes les formes de vie.
Mais certains continuent à rêver d’amender ce modèle et ne veulent pas assumer que ce qui est en crise, c’est le capitalisme, l’eurocentrisme, avec son modèle d’État uni-national, d’homogénéité culturelle, de droit positif occidental, le développementisme et la marchandisation de la vie.
La crise de la civilisation capitaliste nous oblige à reconstruire et à réinventer de nouvelles options pour la coexistence entre la nature et la société, la démocratie, la consommation. Il est urgent de trouver de nouveaux paradigmes de civilisation et, dans ce contexte, non seulement "d’autres mondes sont possibles" mais urgents, et, d’ailleurs, ils sont déjà en cours de construction par les premières victimes des formes les plus barbares de la violence capitaliste / coloniale / moderne : les Peuples et les Communautés Indigènes, Originaires, Paysannes, Côtières, Quilombolas, Afro-descendantes, Garífunas, Caboclos, Dalits, entre autres, et leurs enfants qui ont émigré dans les bidonvilles et Favelas, et tous les autres exclus et invisibles « intouchables » dans le monde, qui continuent de résister, d’actualiser et de renforcer d’autres formes de civilisation et d’organisation sociale, technique, éthique, politique, économique, culturelle et spirituelle de l’existence humaine.
Les peuples autochtones pratiquent et proposent l’unité de la Terre Mère, de la société et de la culture.
- Nourrir la Terre-Mère et se laisser nourrir par elle.
- Protéger l’eau comme un droit humain fondamental et s’opposer à sa marchandisation.
- Décoloniser le pouvoir par le principe de « commander en obéissant », développer l’autogestion communautaire, l’auto-détermination, l’unité dans la diversité comme autres formes de l’autorité collective ;
- Promouvoir l’unité, la dualité, la complémentarité et l’égalité entre les sexes, la spiritualité de la vie quotidienne et la diversité ;
- Se libérer de toute domination ou discrimination raciste, ethnique ou sexiste ;
- Développer les décisions collectives sur la production, les marchés et l’économie ;
- Décoloniser la science et la technologie ;
- Développer la réciprocité dans la distribution du travail, des produits et des services : voilà des directions pour produire une nouvelle alternative à l’éthique sociale de marché et du profit colonial / capitaliste.
Nous appartenons à la Terre Mère, nous n’en sommes ni propriétaires, ni pillards, in vendeurs, et aujourd’hui nous avons atteint un tournant : le capitalisme impérialiste s’est révélé être non seulement dangereux en raison de la domination, de l’exploitation, de la violence structurelle, mais aussi parce qu’il nous tue nous et la Terre-Mère et conduit la planète à un suicide qui n’est ni « utile » ni « nécessaire ».
Le Mouvement Indigène des Abya Yala / Amériques appelle à la plus grande unité dans la diversité :
• Pour une mobilisation permanente en défense de la Terre Mère et des Peuples, contre la marchandisation de la vie, la pollution, les consommations toxiques, la criminalisation des mouvements sociaux et et dans ce cadre effectuer une manifestation intercontinentale le 12 Octobre 2009.
• Pour se mobiliser pour défendre les droits des peuples et de notre Mère la Terre contre l’agression des méga-projets, les industries extractives, l’IIRSA, le Plan Puebla Panama, les agrocarburants et les invasions coloniales des peuples d’Haïti et de la Palestine.
• Promouvoir l’échange pour reconstruire, réinventer et articuler de nouvelles valeurs, des structures et des paradigmes de la civilisation dans cette orientation et de co-organiser un Forum social 2010 sur le thème de la crise de la civilisation occidentale capitaliste, la décolonisation, la démarchandisation de la vie, le bien-vivre et les droits collectifs.
• Participer au quatrième Sommet des peuples autochtones de l’Abya Yala à Puno (Pérou) du 27 au 31 Mai 2009, ce qui permettra de renforcer et de promouvoir le processus décrit ci-dessus.
Belem, Para, le 1 février 2009

- Mobilisation globale pour la Terre-Mère
- Compte-rendu et déclarations des peuples indigènes lors du Forum Social Mondial 2009
Déclaration de Mama Quta Titikaka (Pérou) issue du 4° Sommet des peuples autochtones d’Amérique, ayant réuni 6500 délégués de 22 pays : lire la traduction de Denise Mendez (ATTAC France)
Lancement de la mobilisation mondiale pour la Terre-Mère, 12-16 octobre 2009
Le texte intégral de cet appel à la "Minga global" est disponible en anglais et en espagnol sur le site de la CAOI. Nous en traduisons ici un résumé. "Minga" est un mot quechua qui signifie une mobilisation des efforts de la société, une lutte collective pour… "Pachamama", c’est la Terre-Mère.
La première page décrit le contexte mondial et ses enjeux, comme le faisait l’Appel du FSM 2009 :
- La Terre est malade à cause de notre virus du développementisme
- La déstabilisation climatique risque de devenir cataclysmique
- Les crises sont profondes dans tous les domaines, c’est un modèle de civilisation entier qui est en cause.
- Avons-nous perdu la capacité à à co-exister avec la planète ? Il est temps de changer. Pour nous y aider, les peuples indigènes offrent leurs valeurs, leurs pratiques et connaissances, élaborées depuis des milliers d’année en harmonie avec la nature.
Ensuite, ils exposent les objectifs de la démarche :
- Se battre pour la continuation de la vie, en paix avec la Terre, les lois naturelles et les droits collectifs des peuples.
- Faire prendre conscience de la nécessité de créer un rapport d’équilibre avec la nature.
- Alerter sur le danger imminent d’une catastrophe écologique mondiale et en désigner les responsables : le capitalisme mondial, les entreprises transnationales, les Etats qui en sont complices.
- Faire la démonstration de la valeur des alternatives proposées par les peuples indigènes : le Bien Vivre, des Etats pluri-nationaux, un modèle fondé sur l’équité, la réciprocité, et la complémentarité.
- Dénoncer le capitalisme néolibéral qui criminalise les protestations sociales, afin de continuer son pillage de la nature ; Exiger l’amnistie des militants en procès à cause de leurs activités de défense des droits des peuples et de la nature.
- Lancer le Tribunal de Justice Climatique (Bolivie, 13-14 octobre 2009) pour juger moralement les sociétés transnationales et les Etats complices, dans le pillage des biens naturels et la spoliation des droits des peuples.
Le but est de rendre visible le lien de cause à effet entre le modèle de développement imposé par les entreprises multinationales d’extraction de minerais ou de combustibles et la crise climatique.
Il s’agit d’un premier pas vers la création d’un Tribunal International de Justice Environnementale, sur le modèle de celui de La Hague.
Cette semaine d’action a été relayée en France par une semaine de solidarité avec les luttes des peuples autochtones, à l’initiative de France Amérique Latine.
Cette mobilisation a aussi convergé avec la semaine d’action contre la Dette et les Institutions Financières Internationales.
Pour décembre 2009 était prévu à Copenhague un Sommet Alternatif sur la Défense de la Terre-Mère.
Une caravane de représentants de mouvements sociaux et peuples autochtones du monde entier a rejoint Copenhague depuis Genève, où avait lieu des négociations de l’OMC, pour montrer le lien direct entre la logique du marché mondial et la crise climatique.
La caravane a été organisée par la coordination internationale "Notre monde n’est pas à vendre". Sa prise de position : Changez le commerce, pas notre climat !" !
Sur leur itinéraire, ils ont participé à des soirées de débat public organisées en partenariat avec les associations locales - par exemple à Dijon avec le collectif local "Urgence climatique, justice sociale" (ATTAC, Confédération paysanne…).
