Mouvement "appel pour une insurrection des consciences"

La tyrannie de l’absence de structure

Dans les années 1970, une mise en garde vis à vis du pouvoir informel

mardi 21 octobre 2008 par APIC Dijonnais

Le souci de la liberté individuelle et la méfiance à l’égard du pouvoir hiérarchique conduit de nombreux citoyens à préférer des formes d’organisation peu définies, comme des réseaux par affinité, des collectifs temporaires. Mais est-ce vraiment une solution pour résoudre la question du pouvoir ? Quels sont les effets de ces modes de fonctionnement ?

Nous vous proposons ce résumé d’un texte sous forme d’une brochure de Jo Freeman que l’on peut télécharger à cette adresse

Contexte : 1970, Mouvement de Libération des Femmes aux USA

Les « groupes sans leadership ni structure » se sont formés au sein de ce mouvement en réaction à une société excessivement hiérarchisée et organisée de façon rigide. Mais c’est devenu avec le temps une référence idéologique et l’auteur veut la remettre en question. En effet, l’expérience a montré que cette forme d’organisation est adaptée pour des petits groupes de conscientisation, mais quand on passe à de l’action concrète, il y a enlisement. Et les problèmes d’abus de pouvoir ne sont pas réglés pour autant. Qu’est-ce qui ne va pas ?

1. Il n’existe pas de groupes sans structures.
Dès que des individus se rassemblent, leurs différences de personnalité, de compétences, conduisent à la mise en place spontanée de structures informelles (certains vont prendre un certain rôle dans le groupe, l’influence de chacun va être inégalement répartie). Cela se fait à l’avantage de ceux qui acquièrent une position dominante. Les normes régissant les prises de décision sont connues de peu de personnes, ce qui limite les possibilités de participer aux activités du groupe.

2. L’élitisme
Quand au sein d’un grand groupe, un petit groupe de gens exerce une domination sur l’ensemble, souvent sans qu’on le sache, et en tout cas sans consentement.
Ce phénomène émerge à partir du réseau informel de communication entre amis dans le groupe, en marge des canaux « officiels » du groupe, réseau qui exerce une grande influence quand il n’y a pas de structure explicite. Les normes de ces liens amicaux définissent le profil de l’élite et en miroir ceux qui subissent une discrimination, par exemple la classe sociale, le sexe, la maîtrise de la parole… Les normes permettant un bon fonctionnement du mouvement peuvent être différentes (dévouement, compétence…) ‹‹ Tous les groupes créent des structures informelles, (…) elles peuvent être très utiles. Mais seuls les groupes ‘sans structures’ sont totalement régis par elles. ››
Les structures informelles n’obligent pas à rendre des comptes face au groupe. Leur pouvoir ne leur a pas été confié, on ne peut donc pas leur reprendre.

3. Le système des stars
En l’absence de porte parole désigné par le groupe, certaines personnes se retrouvent à jouer ce rôle par défaut, face à la presse ou au public qui cherche à connaître les opinions du groupe. Ce sont les ‘stars’, choisies par les médias et non par le groupe lui-même.

4. Impuissance politique des groupes par affinité « qui ne font rien d’autre que parler ».
En l’absence de projet ou d’activités concrètes se développent luttes internes et jeux de pouvoir. D’autres organisations plus structurées prennent la place sur la scène publique.

Il faut trouver une solution intermédiaire entre les structures de domination et l’inefficacité. Proposition par l’auteur de quelques principes d’organisation :

- délégation de formes d’autorité par mandat démocratique
- responsabilité des élus devant le groupe
- distribution de l’autorité à de nombreuses personnes, pour différentes tâches.
- rotation des postes entre différentes personnes, en accompagnant leur apprentissage
- diffusion de l’information pour accroître le pouvoir individuel.


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