Mouvement "appel pour une insurrection des consciences"

La Société Civile politiquement aphone

Notre édito d’octobre 2009

lundi 25 janvier 2010 par MAPIC

La Société Civile à travers ses associations a une forte dynamique. Sa production sociale est peu structurée d’où une récupération. Dans la sphère politique, de la Société Civile « on en parle », « on s’en sert » mais les systèmes économique et politique associés la malmènent au point de la neutraliser, et à terme de la maîtriser.

Cet édito est paru dans le bulletin n°4 de l’insurrection des consciences (oct-nov 2009). Cette réflexion du Comité Fédéral du Mapic situe le contexte dans lequel nous voulons développer une voix citoyenne au service de nos valeurs. Le Mapic, après l’expérience de la pré-campagne aux élections présidentielles de 2002 s’est donné, entre autre, la mission de participer au développement d’une expression politique à partir de la société civile.

La Société Civile malmenée, maltraitée par le système économique dominant

Le système économique dominant a entraîné la société occidentale dans une impasse. La crise sociale est une conséquence logique de ce système dominant. Basé sur le dogme de la croissance industrielle et la spéculation comme règle, il est arrivé à ses limites extrêmes. Le désordre économique actuel n’est pas dû à une erreur accidentelle mais bien à une perversion chronique du système, qui a entraîné un désordre écologique par une surproduction et un désordre social par une désorganisation des liens sociaux.

L’Occident, par son hégémonie économique a engendré une crise de civilisation. Par sa logique dominante et un discours saturant, il a enfermé les personnes dans un statut de consommateur et de producteur potentiel (en alternance).
La dynamique de la société civile est cernée et bridée par ces discours, via les médias ; les espaces intermédiaires de négociations sont réduits. L’opposition est disqualifiée ou contrée. La société civile est asphyxiée par le discours dominant et rendu aphone par le non accès aux médias. Bon nombre d’institutions s’engagent dans un partenariat « d’aménagement » avec toutes les ambiguïtés que cela représente et les effets de renforcement du système. C’est dans ce paysage de brume, de flou, où les règles fondamentales de la démocratie sont malmenées, que les personnes ont à se débattre au quotidien, dans un chacun pour soi. D’où une certaine tension sur fond d’insécurité personnelle par manque de repères sur le collectif, où les valeurs humaines sont occultées. On constate autour de soi un sentiment de grande insécurité, d’impuissance, sources d’indignation, conduisant à la résignation et/ou la révolte.

Un système politique complice

La complicité des responsables politiques avec le système économique en place est ressentie comme une anomalie voire une trahison. Les débats politiques de contestation, qui restent nombreux, sont étouffés et ignorés. Les réseaux associatifs voient leurs moyens diminués voire supprimés (par notamment les financements de fonctionnement des associations).
Le droit du travail détricoté, avec une inversion de logique ; le droit individuel prime sur le droit collectif.
Priorité à l’impôt indirect (taxes), diminution des impôts directs, chasse aux niches fiscales mais dans le cadre d’un bouclier fiscal, ce qui amplifie l’injustice devant l’impôt.

Les forces vives de la société civile sont exploitées dans une déviance de sens et dans une politique événementielle (par les Grenelles notamment). La démocratie comme parti pris politique est malmenée au profit des « experts ». Les procédures sont tronquées, contournées. Les résultats des élections sont neutralisés s’ils ne sont pas conformes aux attentes du pouvoir (référendum sur la Constitution Européenne). Les électeurs boudent les scrutins (60 % d’absention aux élections du parlement Européen). La démocratie est en panne et en cours de disqualification.

Les grands médias inféodés

La boucle est bouclée avec des médias porteurs des discours économique et politique dominants et organisateurs / amplificateurs de la politique événementielle. Les sondages amplement médiatisés se substituent à l’opinion publique.

Comment dans ce contexte trouver une expression politique à partir de la Société Civile ? Est-ce un défi ou une utopie ?
Dans les circonstances actuelles nous serions tentés de dire qu’il s’agit d’une utopie. Mais aussi nous sommes sûrs que c’est une nécessité. Après l’expérience de la pré-campagne aux élections présidentielles 2002, nous affirmions notre aspiration de faire « de la politique autrement ». Actuellement nous pensons qu’il est urgent de faire « une autre politique » et sûrement autrement.

Les crises successives engendrées par le système économique occidental sont le signe d’une crise de civilisation et qu’il convient de changer de logique, de paradigme. Il s’agit d’une évolution en profondeur et radicale. L’évolution personnelle est une condition nécessaire mais pas suffisante. Le système est capable de récupérer voire de promouvoir et d’organiser cette dynamique à son profit. Il y a déjà des signes de ce scénario de récupération du Grenelle de l’environnement. L’exigence de notre cohérence demande que cette évolution ne s’inscrive pas comme un sauvetage personnel, mais comme un acte social constitutif d’une société consciente et se donnant les moyens collectifs pour une Humanité consciente respectueuse du vivant.

Une autre politique, et autrement.


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