La dette et le vrai pouvoir des banques
mercredi 30 juillet 2008 par MAPIC Tarn et Garonne
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En guise de préambule, écoutez les propos très actuels de Thomas Sankara sur la dette
Nous sommes en 1987, le président du Burkina Faso s’exprime devant l’assemblée des chefs d’Etats de l’Union Africaine. Trois mois plus tard, il était assassiné.
Rappel aux banksters sur la dette (vidéo sur Daily Motion)
Extrait :
" Toute la dette ne peut pas être remboursée.
Si nous ne payons pas, les bailleurs de fond n’en mourront pas,
soyons-en sûrs.
Par contre, si nous payons, c’est nous qui allons mourir,
soyons-en sûrs également.
Ceux qui nous ont conduit à l’endettement ont joué comme dans un casino.
Quand ils gagnaient, il n’y avait pas de débat.
Maintenant qu’ils ont perdu, ils nous exigent le remboursement.
Et on parle de crise.
Ils ont joué, ils ont perdu, c’est la règle du jeu.
La vie continue."
Sortir du féodalisme monétaire, préalable incontournable à une refondation économique, sociale et écologique
Les Européens ont abandonné (le 7 février 1992), le droit "régalien" de l’État de création monétaire, au profit des seules banques. Tandis qu’on focalisait les débats sur l’euro, on mettait en jeu la décision de libérer plus que jamais, totalement, ce qui constitue peut-être le plus grand "aspirateur" du régime capitaliste.
Mais déjà, depuis la réforme des statuts de la Banque de France, ayant fait l’objet de la loi du 3 janvier 1973, les avances au Trésor avaient été supprimées.
Ensuite, l’article 104 du Traité de Maastricht, transposé en France dans la loi du 4 août 1993, interdit aux Banques centrales d’autoriser des découverts, d’accorder tout type de crédit au Trésor public et à tout autre organisme ou entreprise publique.
Parallèlement, les banques peuvent quasiment allouer autant de crédits qu’elles le souhaitent (que demandé) en créant, à cette occasion, la monnaie sur laquelle elles feront payer des intérêts. Ce régime a de multiples conséquences catastrophiques.
Il n’est pas simplement insupportable parce que les actionnaires des banques tirent indûment de très gros dividendes... d’une monnaie créée ex nihilo et ensuite prêtée à la collectivité.
Il implique aussi et surtout une situation qui assoit dans l’avenir la domination du marché : le volume d’emprunts en cours excède toujours plus celui de l’argent en circulation pour les rembourser.
D’où un surendettement (une impuissance) des États et d’un nombre croissant d’individus, ainsi qu’un pouvoir sans cesse accru pour les principaux détenteurs de capitaux : pouvoir d’achat, de rente, de décision sur les orientations de l’économie.
D’où un régime dans lequel les forts taux d’intérêts ne nuisent pas, au contraire, aux premiers prêteurs.
D’où un afflux de monnaie excédentaire alimentant les bulles spéculatives, moteurs d’un marché condamné à croître toujours pour survivre. Excédent par ailleurs non mesuré dans une inflation qui n’est plus qu’un leitmotiv idéologique, conduisant une masse croissante de victimes à prêcher sans discernement pour les intérêts d’un petit nombre de rentiers.
Comme les « taux directeurs » de la BCE pilotent les taux d’intérêts du crédit bancaire, ces derniers donnent le "La" de cascades d’intérêts financiers. Or, ces intérêts pèsent de tout leur poids sur notre vie au quotidien :
- En tant que consommateurs : répercutés dans tous les prix, à tous les niveaux de l’équipement, du développement et de la production, ils sont toujours répercutés sur les prix et réduisent de plus de 30% notre pouvoir d’achat.
- En tant que travailleurs : sans minimiser les multiples facteurs nouveaux de la mondialisation sauvage, il faut rappeler qu’il n’y a de domination du capital sur une entreprise que si celle-ci est contrainte de rechercher des capitaux… réclamant de l’intérêt.
- Enfin, en tant que citoyens participants par l’impôt direct ou indirect au fonctionnement des services publics : Ainsi, entre 1980 et 2006, la dette a augmenté de 913 milliards d’euros, alors que nous avons payé 1176 milliards d’euros d’intérêts (...) Si nous n’avions pas eu à emprunter ces 913 milliards d’euros sur les marchés monétaires, c’est-à-dire si nous avions pu créer notre monnaie, faire exactement ce qu’ont le droit de faire les banques privées, la dette qui était de 229 milliards d’euros début 1980 serait totalement remboursée en 2006 grâce aux 263 milliards d’euros économisés et nous disposerions en plus d’un solde de trésorerie positif de 263 - 229 = 34 milliards d’euros. ( voir justificatif et précisions )
On sait comme la mondialisation a fait exploser les fondements de la fiscalité. Mais la récupération des biens détournés, quand bien même elle serait envisageable, ne rendrait pas pour autant à la nation le contrôle qualitatif de la croissance, à savoir celui de sa destinée. Contrairement à l’idée reçue, les impôts d’hier ne font pas les services publics de demain.
Dans une économie effondrée, se demande-t-on s’il faut cesser de financer l’instruction des enfants, la recherche, le Parlement, une presse libre ? Et si la violence des exclus s’accroît, qui demandera qu’on coupe les vivres de la police ?
Se demande-t-on, dans une société où le quart des actifs souffrent directement du chômage, alors qu’elle regorge de biens futiles, s’il faut cesser de construire, de pacifier, d’éduquer ? Se demande-t-on encore, en l’an 2007, pourquoi l’humanité voit venir l’asphyxie de son environnement naturel en subissant la domination d’une instance abstraite, absurde, sans avoir idée de ce qui en est le premier fondement ?
Celui qui a le contrôle de la création monétaire est celui qui décide avant tout autre de ce que produit la nation. La Nation doit pouvoir émettre la monnaie dont elle a besoin, en proportion de son développement.
Et la monnaie qu’elle crée, elle doit pouvoir l’affecter aux projets qu’elle décide pour demain, non pas au paiement de ceux qu’elle se voit imposer, aujourd’hui, impuissante, endettée.
Or, ce peuple qui ne tolère plus un régime consacrant l’impuissance du politique, la mort de l’État social, et la croissance aveugle, ce peuple qui subit à tout instant la domination du dieu marché, méconnaît grandement l’aliment de base de son bourreau : la monnaie. Ce peuple qui croit que l’argent n’a pas d’odeur, qui croît qu’il a aboli les privilèges voilà deux siècles, ignore depuis plus longtemps encore celui des banquiers.
La suite sur http://www.fauxmonnayeurs.org
Pour en savoir plus, un livre compréhensible par tous, "Les 10 plus gros mensonges de l’économie", de P. Derruder et A. J. Hollbecq aux éditions Dangles.
A signaler, un dialogue passionnant des dirigeants de la Nef avec Philippe Derudder et André-Jacques Holbecq : forum de la Nef sur la création monétaire.
La Nef (Nouvelle économie fraternelle) est une société coopérative de finances solidaires qui met en oeuvre une éthique exigeante par l’attribution de prêts en fonction de critères sociaux et écologiques.
Elle est en train de créer Banca Etica Europa, une coopérative bancaire européenne, en partenariat avec 2 établissements financiers éthiques italien et espagnol (lancement en 2011-2012).

