L’autruche et la grenouille
lundi 15 juin 2009 par MAPIC
Quand nous apprenons que la forêt amazonienne et d’autres écosystèmes d’une grande richesse sont en voie de destruction accélérée, et pourraient disparaître en moins d’un siècle,
Quand nous apprenons que les décisions de quelques uns, dans des instances internationales opaques, plongent des centaines de millions d’êtres humains dans une situation de survie et ont pour conséquence prévisible de faire mourir de faim chaque jour des milliers d’enfants,
Quand nous apprenons encore tant de choses sur l’état de la planète et l’inconscience humaine, il y a de quoi se sentir accablé et envahi d’une grande tristesse ou de colère.
On peut avoir peur de se laisser complètement déborder et déstabiliser par ces émotions… dans ce cas, comme l’autruche, mettre la tête dans le sable apparaît comme une issue. La vie quotidienne peut ainsi continuer. Mais la souffrance de la Terre est toujours là, perçue au fond de soi ; et même si on ne veut plus la voir, elle peut nous rendre hyperactifs, agressifs ou déprimés. On perçoit bien souvent autour de nous cette attitude de l’autruche et ses multiples conséquences, mais n’est-ce pas aussi parfois la nôtre ? On peut l’admettre sans honte.
En effet, cette situation nous montre un grand besoin dans notre société de lieux et de moments où l’on se sent assez en sécurité pour accueillir et exprimer ces émotions, sans crainte d’être jugé. Après des catastrophes meurtrières, certains pays déclarent un deuil national. N’aurions-nous pas également besoin de faire le deuil et de pleurer toutes ces espèces vivantes disparues, ces enfants morts de faim ? D’exprimer collectivement notre douleur ?
Lorsque ce ressenti, venant de notre appartenance au monde vivant, est anesthésié, refoulé, notre conscience est alors comme une grenouille mise dans une casserole d’eau froide, qui s’est accoutumée progressivement à la montée de la température. La résignation, le fatalisme de la majorité permet à l’économie et à la politique, de continuer à fonctionner dans leur dynamique destructrice.
Mais quand nous prenons également conscience que le simple fait d’être en vie est un miracle permanent, quand nous pouvons nous émerveiller de la beauté d’une forêt, de montagnes, de l’énergie joyeuse de petits enfants, du potentiel renfermé dans une petite graine, nous retrouvons une force, un élan de prendre soin de la vie, envers et contre tout. Avec la douche froide d’une prise de conscience, la grenouille peut toujours se ressaisir, se redresser et bondir hors de la casserole.
Cette réaction salutaire, qui nous met en mouvement pour construire ensemble une autre existence, où la nature et l’humain sont remis au centre, nous l’appelons l’insurrection des consciences. « Consciences » au pluriel, car notre indignation personnelle a besoin d’un cadre collectif pour s’exprimer et devenir force de transformation – aussi bien transformation de notre façon de vivre, que des relations sociales et de l’organisation plus globale de la société.
C’est à ce projet que se consacre le MAPIC, à travers des activités locales et nationales diversifiées, en partenariat avec d’autres acteurs de la société civile, notamment dans le cadre du Mouvement pour la Terre et l’Humanisme impulsé par Pierre Rabhi.
Nous proposons un débat sur ce thème de l’insurrection des consciences pour un enrichissement mutuel par l’échange, dans vos groupes locaux, vos réseaux associatifs, et en vue d’une prochaine rencontre nationale.
Vos réactions et contributions seront les bienvenues :
par courrier MAPIC, 4 rue Jehan de Marville, 21000 Dijon
ou par courriel : secretariat@appel-consciences.info
Quelques références :
Le manifeste pour la Terre et l’Humanisme, Pierre Rabhi, Actes Sud, 2008
Terre-Mère homicide volontaire ?, Pierre Rabhi, Le Navire en pleine ville, 2007
Ecopsychologie pratique et rituels pour la Terre : Retrouver le lien vivant avec la nature, Joanna Macy et Molly Young Brown, Souffle d’Or, 2008 – préface du Dalaï Lama
Comment apprivoiser son crocodile : Ecoutez le message caché de vos émotions pour progresser sur la voie du bien-être, Catherine Aimelet-Périssol, Laffont, 2002
